Ce qui s’est joué à Grenoble mérite d’être analysé à froid : cette action met en lumière l’impuissance et le désarroi militants actuels. Le boycott est une stratégie complexe, et une action mal conçue, au point qu’on ne peut plus distinguer ses effets de son intention, l’affect qu’elle véhicule de celui qui lui sert de moteur peut desservir la cause qu’elle entend défendre.
L’activisme, a fortiori lorsqu’il prend la forme de la désobéissance civile, est une forme d’engagement désintéressée. Ses actrices et acteurs se mobilisent au nom de l’intérêt général ou d’une idée de la justice qui dépasse leurs intérêts personnels — justice au nom de laquelle elles et ils n’hésitent pas à prendre des risques (légaux, physiques, psychiques, réputationnels).
L’activisme est, de ce point de vue, censé être vertueux. Mais la vertu n’empêche pas les erreurs et les échecs, qui ne sont pas seulement dus à des facteurs extérieurs : une action peut être mal conçue ; pensée ou organisée à contretemps ; etc. Plus souvent, qu’on ne l’admet lorsqu’on est un·e activiste : on se plante.
Reconnaître nos erreurs
Depuis plus de vingt ans, j’ai participé à organiser énormément d’actions militantes, en particulier de désobéissance civile. Certaines étaient confidentielles, ne réunissant qu’une petite poignée de personnes et n’intéressaient même pas les personnes qui passaient là par hasard ; d’autres massives, réunissant plusieurs milliers de personnes, voire plusieurs millions, et étaient commentées et discutées jusque dans les médias grand public.
On se plaît à raconter l’histoire du succès de nos actions, à faire le récit de la manière dont nous avons minutieusement choisi la bonne tactique, adapté nos plans à un contexte mouvant, changé de date, de mode d’action ; comment nous avons articulé notre revendication avec le message que nous voulions faire passer via nos corps assemblés et agissants. On raconte moins volontiers nos erreurs et nos échecs.
Pourtant, je me suis planté. Plus souvent qu’à mon tour. J’en tire de nombreux enseignements, parmi lesquels celui-ci : une action ratée peut brouiller le message au point qu’on ne peut plus distinguer ses effets de son intention, l’affect qu’elle véhicule de celui qui lui sert de moteur.
Et, parfois bien malgré nous, nous sommes responsables de ce brouillage. Dès lors qu’on intervient dans l’espace public pour perturber le cours habituel des choses, nous devons tenir compte des effets de nos actions - même si ces effets ne sont pas ceux escomptés. De même, il est assez évident que nous devons juger de la pertinence de nos actions à l’aune de questions simples, à la fois stratégiques et tactiques : notre intervention est-elle de nature à changer quelque chose pour la cause que nous défendons ? Notre cible correspond-elle à notre objectif ? Avons-nous opté pour la manière la plus opportune de nous confronter à notre cible, compte tenu de nos objectifs ?
J’ai aussi appris que certaines tactiques sont particulièrement complexes, requièrent une minutie et une rigueur qui impliquent une préparation lente et opiniâtre — à tel point qu’elles entrent parfois en contradiction avec le sentiment d’urgence qui les anime.
Certaines stratégies permettent de puiser dans un répertoire d’action vaste, et offrent différentes possibilités de mobilisation, de manière évidente. D’autres ferment (en apparence au moins) les possibles et ne laissent que quelques options tactiques aux activistes qui se mobilisent dans un cadre stratégique donné.
Comment interpréter l’action de Grenoble ?
L’action menée au Cabaret Frappé contre le concert de la DJ Barbara Butch me semble correspondre à une action ratée — et mérite qu’on l’analyse avec recul, pour comprendre les raisons de ce plantage, distinguer ce qui la motivait de ce qu’elle a produit.
Le boycott fait clairement partie des stratégies les plus complexes, et son répertoire d’action se compose très largement de tactiques elles-mêmes difficiles à déployer. On risque de se planter plus fréquemment, plus fortement et plus dramatiquement quand on organise une action de blocage dans le cadre d’un boycott, que lorsqu’on organise un énième cortège Bastille-Nation dans le cadre d’une mobilisation contre telle réforme gouvernementale.
Je n’ignore pas (et ne souhaite pas faire comme si n’existaient pas) les problèmes que posent ces actions sur le plan de l’antisémitisme (et j’y reviendrai plus loin). Il me semble néanmoins que l’on se fourvoie, en partie, à analyser ces actions à partir d’une chaîne cohérente intentions-causes-conséquences. Cette action me semble mal conçue, vouée à l’échec dès le départ, à tel point que ses effets se confondent avec ses motivations, que la cause qu’elle est censée défendre s’efface derrière la confusion qu’elle a engendrée — et on ne sait que trop bien que l’antisémitisme fleurit volontiers dans les atmosphères confuses.
Je comprends donc parfaitement qu’on attache de l’importance à ses effets et à la violence (symbolique et psychique, mais aussi physique puisque des bouteilles ont été jetées sur Barbara Butch) qu’elle véhicule, et au fait qu’elle vise à empêcher une DJ juive de se produire en concert (peu importe, ici, que la DJ en question ait été empêchée de se produire parce que juive ou non : le résultat est le même).
Impuissance et désarroi
Il me semble pour autant que cette action nous dit beaucoup de choses sur l’errance stratégique et le sentiment d’impuissance qui caractérise la période actuelle pour les activistes. L’action de Grenoble mérite donc à mon sens d’être appréhendée de ce point de vue là aussi.
Depuis le 7 octobre 2023, les mobilisations de soutien aux Palestinien·nes, en particulier aux Gazaoui·es, n’ont pas produit les effets escomptés. Malgré des mobilisations massives, partout dans le monde ; en dépit des actions ciblant les entreprises soutenant l’armée israélienne, les flottilles de solidarité, les pétitions, les sit-ins, die-ins, blocages ; bien que des mandats d’arrêt aient été émis à l’encontre des dirigeants israéliens, que plusieurs États aient déjà annoncé rompre leurs liens diplomatiques avec Israël : le génocide s’est prolongé. La situation à Gaza continue de se détériorer, en même temps que les crimes de guerre commis par Israël, avec le soutien actif des États-Unis, s’étendent à la Cisjordanie, au Liban, en Iran.
Dans le même temps, la répression s’accroît sur les militant·es qui organisent ces actions de solidarité avec les Palestinien·nes. Le sentiment d’impuissance est donc immense, renforce le sentiment d’urgence et la colère.
C’est dans ce cadre-là que se multiplient récemment (à l’appel de BDS et PACBI mais aussi de manière spontanée, comme dans le cas de Grenoble) les actions de boycott culturel.
Complexité du boycott
Or le boycott, comme évoqué plus haut, est une stratégie complexe, propice à révéler contradictions et ambiguïtés. Il nécessite d’être pensé dans un temps long, qui peut venir se heurter au sentiment d’urgence.
Le boycott se déploie en effet en deux couches.
La première est sans doute la plus simple : il s’agit de mobiliser le plus de soutien possible, autour d’un argument moral imparable : les crimes commis par la cible du boycott sont tellement graves (ici : Israël commet un génocide et se rend coupable de crimes contre l’humanité) qu’il faut rompre les liens commerciaux (et désormais culturels et intellectuels) avec elle (ici : Israel et son armée, ses entreprises, et désormais ses institutions culturelles et universitaires). L’argument moral explique que le boycott soit souvent initié (ou fortement relayé) par des croyants : le crime est tel qu’il ne contrevient pas seulement aux lois humaines mais, de leur point de vue, à la Loi divine. Le choix de la cible, le fait qu’elle commette ou non un crime fait bien sûr l’objet de débats vifs, mais sur ce plan là, le boycott ne se distingue pas d’autres approches : il s’agit, ni plus ni moins, que de mobiliser des soutiens pour participer à des actions (comme on le ferait dans le cadre d’une autre stratégie).
C’est la deuxième couche sur laquelle se déploie le boycott qui est plus complexe d’un point de vue stratégique. L’objectif d’une campagne de boycott est en effet de convaincre une part conséquente de celles et ceux qui soutiennent sa cible de changer d’attitude et de soutenir les revendications de celles et ceux qui organisent le boycott. Il n’est ici pas tant question de les convaincre sur le fond : le boycott intervient précisément quand on a échoué à convaincre une part importante de nos adversaires (ou de leurs soutiens) qu’on a raison, quand l’argument moral n’a manifestement pas fonctionné.
L’idée, c’est de les faire bouger à partir de leurs intérêts personnels, de faire en sorte que le statu quo leur coûte plus (souvent littéralement : c’est le sens du boycott économique) que le changement auquel on aspire. Le boycott implique donc de maintenir des espaces de dialogues, via des relais légitimes aux yeux de ses adversaires, pour que la bascule puisse se produire. Un boycott n’est alors gagnant qu’à partir du moment où un nombre suffisant de militants le soutient activement : ce n’est qu’à cette condition qu’il permet d’accomplir son objectif politique. Le boycott a donc besoin de relais (progressistes) situés à proximité de l’adversaire pour pouvoir toucher des personnes auxquelles il s’oppose au départ. Il implique donc de mobiliser sur deux plans, autour de messages, d’actions et de récits adaptés.
Cibler des personnes (et non des institutions) qui sont plutôt du côté d’alliés potentiels (malgré leurs contradictions et l’existence de désaccords importants) entre volontiers en contradiction avec le deuxième niveau du boycott. Celui-ci implique de laisser certains de ces désaccords et ces contradictions de côté, pour parvenir à les ralier (au moins indirectement) à la cause défendue.
Le boycott se situe par ailleurs à un niveau de généralité élevé, en lien avec l’argument moral sur lequel il se fonde. C’est pour cela qu’il fonctionne mieux lorsqu’il cible de grandes entreprises, dans des secteurs-clés : de telles cibles offrent plus d’opportunités de trouver le juste équilibre entre la nécessité d’isoler la cible et celui de maintenir la possibilité d’un dialogue avec certains de ses soutiens. L’argument moral, comme l’importance de maintenir les conditions du dialogue sont par ailleurs incompatibles avec toute forme de violence (physique comme verbale) lors des actions organisées dans le cadre de cette stratégie - le moindre dérapage vient percuter l’architecture stratégique.
Micro-causes intermédiaires
Récemment, les actions de boycott culturel ont au contraire fait irruption à un niveau de détail élevé, qu’on pourrait qualifier de micropolitique : Barbara Butch est boycottée car elle a soutenu la loi Yadan, dont l’esprit (plus encore que le texte) pose de nombreux problèmes — aucun n’étant toutefois de nature à changer la vie de qui que ce soit à Gaza. Le boycott culturel glisse même parfois vers le micromanagement, quand il cible la programmation de tel artiste dans tel festival, etc. ; a fortiori quand ce n’est pas le festival qui est ciblé pour ses choix de programmation mais l’artiste en question directement (un simple tractage devant l’entrée du Cabaret Frappé pour expliquer ce qui, aux yeux des personnes ayant organisé l’action ciblant Barbara Butch, pose problème n’aurait pas eu les effets délétères de l’action en question).
Ce rétrécissement du champ du boycott doit beaucoup au sentiment d’impuissance : plus il croît, plus nous sommes tentés de cibler des acteurs et actrices sur lesquels nous avons un tant soit peu de prise.
Il importe donc de le considérer avec de manière dépassionnée, tant il met en lumière le désarroi militant. Mais il me semble être une impasse stratégique, pour plusieurs raisons.
Il va tout d’abord conduire à multiplier les fronts, autrement dit à disperser les efforts et à augmenter le risque de rater une action, de se planter. La multiplication des fronts n’entretiendra l’illusion de la puissance militante que pour un temps.
Il risque par ailleurs de faire basculer des soutiens potentiels, des « fruits facilement atteignables » : (comme le disent les militant·es anglo-saxons féru·es de cette stratégie) — ces fameuses personnes avec lesquelles nous sommes en désaccord mais qui ne sont pas si éloignées que cela de la revendication autour de laquelle s’organise le boycott.
Ne pas être indifférent à l’identité et à l’histoire de nos cibles
On voit bien, par ailleurs, les effets délétères du passage d’un registre macropolitique à des cibles assez secondaires. La cause palestinienne efface tout le reste, l’identité de Barbara Butch se résume désormais à une seule ligne : soutien de l’inique loi Yadan, donc complice du génocide. Au-delà des limites évidentes de ce syllogisme, on en vient à considérer comme anecdotique qu’elle ait été ciblée récemment par l’extrême-droite, notamment, car lesbienne ; qu’elle soit régulièrement la cible de harcèlement grossophobe et d’un antisémitisme débridé.
Qu’elle soit victime de grossophobie, de lesbophobie et d’antisémitisme semble ne plus importer : elle devient une cible pleine et entière, et l’oppression qu’elle subit en tant que lesbienne, grosse et juive s’efface.
Il y aurait alors une lutte primaire (contre le génocide à Gaza) derrière laquelle s’inscrivent les autres luttes, secondaires. Que cette rupture avec les acquis du féminisme et de l’altermondialisme (penser en termes de convergences des luttes et désormais d’intersectionnalité, plutôt qu’en hiérarchisant les causes), soit l’effet de l’irruption du boycott dans le micropolitique n’est pas le moindre des paradoxes.
On peut penser qu’à une époque pas si lointaine, un luxe de précautions aurait encadré toute action ciblant une personne victime de harcèlement et de violences en raison de son identité - au point que d’autres cibles lui auraient probablement été préférées. On aurait a minima veillé à ce que l’action ne s’accompagne d’aucune violence physique comme psychique - ce qui n’était pas le cas à Grenoble. Certains s’en défendent en soulignant que cette violence n’a rien à voir avec celle que subissent les Palestinien•nes. C’est évidemment vrai, et il serait grotesque de prétendre le contraire. Mais l’argument n’a rien à voir avec l’action de Grenoble et illustre plutôt à quel point elle a été mal pensée : on devrait toujours tenir compte de l’histoire et de l’identité de nos cibles - et prendre encore plus de précautions lorsqu’on cible des individus.
Certes, les collectifs militants ciblent régulièrement des individus - mais ils les ciblent en tant que représentants d’une institution, en raison de leur fonction (Act Up pouvait par exemple jeter des cendres ou du faux sang sur un ministre de la santé ou sur le directeur d’un laboratoire pharmaceutique). C’était bien une institution ou une politique qui était visée : par le truchement d’un individu, l’action se maintenait à un niveau de généralité élevé.
Il est assez surréaliste de lire des militants assurer ne pas avoir ciblé Barbara Butch en tant que lesbienne, grosse et juive - alors que d’autres signataires de la loi Yadan étaient des cibles infiniment plus pertinentes, dont le choix ne ce serait accompagné d’aucune ambiguïté. Comme l’écrivent Cléo Cohen, Alexia Levy-Chekroun et Juliette Rousseau : “Il y a des corps, et des existences, dont l’humiliation réveille une jouissance inscrite de longue date dans l’imaginaire collectif. La punition est d’autant plus susceptible d’emporter l’adhésion qu’elle permet de réaffirmer les normes dominantes."
Enfin, le boycott culturel, lorsqu’il cible des artistes (et non des mécènes, par exemple), ouvre la porte à nos adversaires : ils adorent volontiers nous renvoyer à la censure à laquelle ils s’adonnent si souvent. Comment justifier de manière audible notre soutien à Kneecap quand on interrompt un concert de Barbara Butch ? Comment dénoncer la censure de la mairie de Paris quand elle annule une conférence de Judith Butler (elle-même juive et lesbienne) quand on salue la désinvitation de la sociologue Eva Ilouz d’un colloque universitaire ? Comment soutenir les salles et festivals qui programment Médine (par ailleurs régulièrement victime de harcèlement en ligne islamophobe) et appeler à boycotter les concerts de Radiohead (alors que le chanteur du groupe a affirmé qu’il ne souhaitait plus jouer en Israël) ?
Ces contradictions ne sont pas indépassables, mais leur dépassement exige de conjuguer l’urgence de réagir à la complexité du boycott - la tension est réelle et implique une stratégie fine, en dentelle, qui ne pouvait pas être élaborée autour du concert du Cabaret Frappé. Le boycott, bien que se situant à un niveau de généralité élevé, ne peut faire abstraction du contexte où il se déploie et de l’identité de ses cibles. Radiohead était une cible légitime tant que le groupe envisageait de jouer à Tel Aviv. Dès lors que le groupe ne prévoit plus de s’y produire et que sa tournée ne passe que dans des villes européennes, on peine à comprendre la logique sous-jacente - sinon qu’on cherche à faire feu de tout bois (mais faire feu de tout bois est, à mon sens, un aveu d’impuissance évident). Surtout : l’objectif était que Radiohead boycott Israël. Pousser le groupe à le faire peut prendre de multiples formes, et rien ne permet d’affirmer que boycotter un artiste pour le pousser à boycotter à son tour une cible soit efficace, bien au contraire.
Depuis l’action de Grenoble, la bataille des interprétations fait rage, et les defenseur•es du boycott culturel ciblant des individus dénoncent l’hypocrisie de celles et ceux qui dénoncent ce qu’a subi Barbara Butch sans avoir jamais dit un mot de ce qui se passe à Gaza - alors que les voix sont bien plus nombreuses à s’insurger contre le génocide, tout en se distanciant de l’action de Grenoble. L’hypocrisie est certes réelle, et l’indignation sélective est toujours problématique. Reste que l’énergie déployée pour défendre l’action a posteriori montre bien qu’elle était mal conçue : dans l’idéal, une action, a fortiori lorsqu’elle est performative, parle d’elle-même. On ne peut se contenter de dénoncer les médias de masse et le récit dominant comme faisant seuls barrage à ce que l’action menée à Grenoble soit comprise. Surtout : notre camp n’est lui-même évidemment pas libéré de toute contradiction. On se souvient ainsi que l’un des cinéastes défendant le boycott de Nadav Lapid a participé à plusieurs reprises à un festival de cinéma en Russie - dont les crimes de guerre et la tentation génocidaire en Ukraine ne devraient pourtant plus faire débat à gauche.
L’impuissance fait le lit de l’antisémitisme
On se plante parfois, et je me suis planté plus souvent qu’à mon tour. On se plantera encore, et je me planterai encore. Certains plantages passent inaperçus, d’autres non. Lorsque ces plantages sont visibles, le sentiment d’injustice est grand : personne ne cherche à comprendre les raisons du plantage, ce qui l’explique et permettrait d’éviter qu’il ne se reproduise. L’exigence qui pèse sur les militants est écrasante. Il nous faut trouver, ensemble, les ressources pour transformer cette exigence en une chance, en opportunité de penser plus rigoureusement et minutieusement nos actions.
L’antisémitisme est un poison, réel et non résiduel, face auquel nos espaces militants ne sont pas suffisamment immunisés, dont ils se font malheureusement parfois l’écho, en particulier lorsqu’ils ne le combattent pas activement, refusent de voir le problème en ne pointant du doigt que l’instrumentalisation de l’antisémitisme (quand bien même est elle aussi réelle et non résiduelle).
L’homophobie dont Allan Brunon est aujourd’hui accusé, de même que son choix (lors de la campagne des municipales) d’une iconographie digne de l’extrême droite et des influenceurs masculinistes ne peut ici qu’interroger et inquiéter. On ne peut pleinement interpréter l’action ciblant Barbara Butch sans en tenir compte.
Au demeurant, il me semble problématique de voir des élus prendre l’initiative d’actions de désobéissance civile, alors qu’ils ont fait le choix, en se présentant aux élections (dans une perspective de prise de pouvoir, comme c’est le cas à LFI), de s’inscrire du côté de celleux qui écrivent les règles. Que des élus soutiennent une action de désobéissance civile est une chose, qu’ils en soient à l’origine en est une autre - les précédents en la matière montrent bien que c’est une impasse (on se souvient par exemple d’une grève de la faim débutée par Jean Lassalle alors qu’il était députée).
À l’évidence, l’action de Grenoble nourrit le feu de l’antisémitisme, et les motivations des organisateurs posent clairement problème. Reste que l’antisémitisme ne me semble pas être le moteur principal de celle et ceux qui défendent cette action ratée : c’est le désarroi et l’impuissance militantes qui l’expliquent. Tant que nous n’aurons pas collectivement pris en charge ce problème, il est malheureusement probable que des actions ratées, aux effets délétères et contraires se produisent encore : dans le clair obscur militant actuel, l’antisémitisme prospére sur nos échecs - contribuant ainsi à renforcer notre impuissance collective.
Nicolas Haeringer