Réédition : CNT-AIT, Toulouse, 1991
Première publication internet : samedi 14 octobre 2006
Brochure à télécharger ici : http://cnt-ait.info/.../01/22/repression-anarchisme-soviets/
INTRODUCTION de 1923
Cet ouvrage est dédié aux ouvriers révolutionnaires français dont l’organisation syndicale, – la CGTU – vient, par son adhésion à l’Internationale Syndicale Rouge, de se mettre sous la tutelle du gouvernement bolchéviste. Nos camarades qui ont encore, au dire de Trotski et de Zinoviev, tant de préjugés fédéralistes et autonomistes, verront, à la lecture de ces pages, le sort qui leur sera réservé quand ils prétendront s’occuper eux-mêmes de l’organisation du travail, au lendemain de la prise du pouvoir par les « Communistes ». Voici des faits qui démontrent l’éternelle monstruosité autoritaire. Puissent-ils faire reculer d’effroi ceux qui s’aventurent à l’aveuglette sur les voies de la Dictature, fût-ce au nom du plus sublime idéal ou de la plus logique formule de sociologie. Puissent-ils surtout, à la veille d’évènement qui peuvent amener une situation révolutionnaire, inciter les anarchistes et les syndicalistes fédéralistes à prendre toutes leurs précautions, non seulement pour éviter de tomber dans les pièges où se sont brisés et meurtris les anarchistes russes, mais encore pour être capable, aux heures révolutionnaires, d’opposer leurs propres conceptions pratiques de la production et de la répartition des biens nécessaires à la vie à celle des dictateurs communistes. Que l’exemple héroïque de la Makhnovtchina nous serve de leçon. Si les anarchistes russes avaient eu à Petrograd, à Moscou et dans chaque région, un organisateur d’actions offensives comme Makhno le fut en Ukraine, il est fort possible que la révolution russe, renversant toutes les formes d’autorité, se fût développée amplement sur les voies libres de l’anarchie.
Que cet ouvrage nous annonce des temps nouveaux : ceux qui marquent pour l’Anarchisme avec la fin d’une période de passivité défensive et d’idéalisme contemplatif, le passage à l’ère de la violence organisée, de la destruction décisive et du pragmatisme procréateur. Les Anarchistes apprennent, avec l’expérience, à ne plus être considérés comme les meilleurs instruments de n’importe quelle Révolution, comme les soldats d’avant-garde de toute bataille sociale sur la ruine desquels s’édifient les formes nouvelles d’autorité ; mais comme les ouvriers impitoyables et logiques de l’intégrale émancipation de l’individualité humaine, les destructeurs incessants de tous les États politiques, les propulseurs de mouvements originaux dans la masse humaine, les animateurs d’une vie économique librement organisée.
A travers les persécutions, les emprisonnements, les massacres qu’ils ont dû souffrir de la part du bolchevisme aussi bien que du temps des tsars, nos camarades anarchistes de Russie lèguent aux prolétaires, aux exploités, aux opprimés de tous les pays et de tous les temps, cette leçon de constance dans la révolte anarchiste : à savoir que, dans l’écroulement de toutes les institutions et de toutes les garanties, aux heures sociales les plus troubles, rien ne saurait ébranler la force d’âme de celui qui tient en lui-même toutes ses raisons de penser et d’agir. La conscience et la volonté d’anarchie accordent à ceux qui les possèdent une puissance libertaire qu’aucun pouvoir d’autorité sociale ne pourrait abattre. Plus un gouvernement s’acharne à vouloir l’anéantir, plus il se marque de décrépitude et de décomposition… Ce petit livre, bourré de faits héroïques à l’avantage des anarchistes russes, est destiné, nous l’espérons, à barrer la route, dans tous les pays du monde, au dernier fléau de l’Autorité, le plus dangereux, celui qui se pare des dépouilles de ses propres victimes. Et nous souhaitons qu’enfin les prolétaires, à travers les fantômes enfuis de leurs dictateurs, recherchent leur liberté, sur les ruines mêmes du Prolétariat, dans la conquête incessante de l’Anarchie.
André Colomer