’Je suis anarchiste et être anarchiste c’est être une personne cohérente. Paix spirituelle, tranquillité, campagne, travailler le moins possible, assez pour vivre, profiter de la beauté, du soleil. Profiter de la vie en majuscules, maintenant vivre en minuscules’.
Paroles de Diego Camacho Escámez. Eh bien, peut-être que ce nom ne vous dit rien et oui celui d’Abel Paz. Eh bien, peut-être que non plus
Dans n’importe quel autre pays aujourd’hui je serais un écrivain et historien de référence. Ici, à force de regarder ailleurs, nous vivons un présent avec un torticolis.
Je vais vous en dire un peu. C’était le fils de journalistes d’Almería qui sont venus à Barcelone et à la recherche d’un monde meilleur pour le petit, il a été inscrit à l’école rationaliste Natura, dans le quartier d’El Clot.
À 14 ans, il commence à travailler comme apprenti dans une usine de textile et s’affilie au CNT et à la Fédération ibérique des jeunes libertarias. Un an plus tard, le coup d’État fasciste a lieu et se précipite vers la caserne de Pedralbes pour se lancer volontaire au front. Il a 15 ans et il est renvoyé chez lui.
Diego oublie la guerre et se concentre sur la révolution qui se déroule à Barcelone entre juillet 36 et mai 37, intégré au groupe Los Quijotes del Ideal. Finalement, mis au choix entre se faire tirer dessus par un stalinien ou par les troupes du général Franco, en 1938 il part au front du Segre avec la colonne de fer.
En 1939 il traverse la frontière et le crache sur les camps de concentration d’Argelès, Bram, Saint Cyprien et Barcarès avant de finir dans un bataillon disciplinaire qui travaille à la construction du mur de l’Atlantique sous surveillance nazie. En 1941, il réussit à s’évader et s’intègre au groupe Ponzan du réseau Pat O’Leary, qui opère des deux côtés des Pyrénées, aidant tous ceux qui fuient le fascisme à passer la frontière.
Le groupe du maître libertaire Francisco Ponzán, basé à Toulouse, a aidé quelque 3 000 réfugiés à échapper à une mort certaine. Ponzan n’aurait pas cette chance. Arrêté par la Gestapo, fusillé par les Allemands deux jours avant la libération de Toulouse par les Alliés. Ils ont brûlé son corps pour ne pas pouvoir l’enterrer.
De retour avec Abel Paz, qui était déjà son nom dans la clandestinité. La seconde guerre mondiale est terminée en Espagne pour combattre Franco intégré dans la guérilla libertaire. Arrêté fin 1942 passe dix ans en prison. En sortant, il retourne en France et ne reviendra pas avant 1977, le dictateur est mort.
Installé dans une modeste maison de la Vila de Gràcia, Abel Paz fait un énorme travail d’historien, écrivain et conférencier partout où on l’appelle, par exemple en Australie avec un auditorium à exploser. Ce n’est pas le cas en Espagne, les petites réunions étant habituelles et aucune incidence sur les médias et les institutions. Sa biographie sur Durruti est traduite en 14 langues.
Abel Paz / Diego Camacho a survécu avec ses conférences et articles de presse dans des conditions assez précaires, ce qui ne lui importait pas trop. C’était une personne cohérente et vivait en majuscules.
Sa vie peut se lire dans l’autobiographie en quatre volumes composée de ’Au pied du mur’, ’Entre le brouillard’, ’Chumberas et Alacranes’ et ’Voyage dans le passé (1936-1939).’